GARDE CÔTIÈRE CANADIENNE

Posted by on Jun 28, 2011

Homme à la mer, embarcation en feu, recherche de nuit, remorquage en pleine tempête, voilà quelques missions réalisées avec mes équipiers. Les trois étés travaillés à la Garde côtière cannadienne ont été mémorables en tous points. Lorsque j’étais jeune, mes parents ne me laissaient pas sortir sur le lac en pleine tempête, et aujourd’hui je les comprends très bien. Cependant, à la Garde côtière, on nous paie pour le faire! Je présente ici quelques unes de mes photos accompagnées d’informations sur cet emploi qui est extraordinaire.

Une vidéo pour commencer

Un montage vidéo des meilleures séquences prises durant mes trois ans à la Garde côtière canadienne, bon visionnement!

Mon expérience en tant que garde-côte

The Guardian? Malheureusement, je n’ai pas eu la chance de sauter d’un hélicoptère. Par contre, j’ai vécu des expériences inoubliables au cours des trois étés passés à la Garde côtière. Certains renseignements doivent rester confidentiels, mais j’essayerai ici de partager quelques un de mes meilleurs moments en tant que garde-côte.

2006

Le premier été, je l’ai passé sur le lac des Deux Montagnes. Basé à la marina d’Oka, j’ai eu la chance d’avoir une coéquipière vraiment sympathique, et un patron débordant de connaissance. Étudiant pour être physicien et marin depuis plusieurs années, Joël m’a transmis énormément de connaissances afin de mener à bien des missions de sauvetages. Cet été-là fut bien sûr le plus chargé en missions de sauvetage. Le lac des Deux Montagnes est un plan d’eau difficilement navigable à cause de ses nombreux hauts fonds, et des navigateurs manquant d’expérience qui s’y aventurent tout l’été. Durant cette saison, j’ai eu la chance de sauver des gens de leur bateau en feu, de sauter sur un voilier à la dérive durant des conditions de tempête violente pour ainsi remorquer l’embarcation, de récupérer des personnes à l’eau dont leur voilier avait chaviré, faire des recherches de personne manquante en pleine nuit, de renflouer plusieurs embarcations, et j’en passe! Bref, voilà un boulot d’étudiant plutôt intéressant! Les plaisanciers nous perçoivent parfois comme de simples étudiants se baladant en bateau. Pourtant, lorsqu’il vient le temps d’avoir de l’aide, ils comprennent rapidement que nous sommes hautement qualifiés pour faire notre travail. Outre les missions intenses qui procurent énormément d’adrénaline, il y a des moments plus tranquilles comme les patrouilles, la formation, la prévention auprès de plaisanciers, la cuisine, la rédaction de rapport, et l’entretien de l’équipement.

2007

Suite à cet été extraordinaire, je postule pour obtenir le poste de patron d’embarcation. Atteint du fameux virus «&#160C. difficile&#160» durant l’entrevue téléphonique, je réussis tout de même à me classer pour faire la formation de patron d’embarcation à Québec. Je termine cette formation de 10 jours en deuxième position au classement général sur un total de 15, et ce, devant des patrons ayant plusieurs années d’expériences. Malgré cet excellent classement, seule l’entrevue téléphonique était prise en compte pour les postes à combler. Victime d’une mauvaise gestion de classement, je demeure membre d’équipage pour la saison qui vient. Mes supérieurs ont rapidement réalisé que leur système d’attribution de poste devait être revu en profondeur… Je quitte donc Québec en sachant fermement que j’aurais dû être patron d’embarcation.

Malgré cette injustice, je suis heureux d’amorcer un nouvel été sur le territoire que j’espérais : le lac St-François. Basé à la marina de Valleyfield, j’ai passé un très bel été en compagnie de mon coéquipier Rémi et de mon amie Laura. Les missions sont plus rares que sur le territoire du lac des Deux Montagnes, mais je travaille maintenant sur le plan d’eau où j’ai grandi. Connaissant le territoire comme le fond de ma poche, et ayant beaucoup d’expérience lors des cas de recherche et sauvetage, j’assiste Laura en prenant les guides lors des missions de sauvetage, et des entraînements avec l’embarcation. L’équipe est bien équilibrée avec l’expertise de Laura dans les divers rapports ainsi que dans la réglementation nautique, et les connaissances théoriques de Rémi concernant les premiers soins. L’été s’est déroulé très rapidement avec l’organisation de quelques activités de prévention pour les navigateurs. Laura avait comme objectif d’augmenter le nombre de vérifications de bateaux durant l’été. J’ai donc instauré un partenariat entre nos vérifications de courtoisie et les deux plus grandes marinas du lac St-François. Bref, les plaisanciers ayant obtenu leur vérification obtenaient directement un rabais à leur marina respective ce qui les encourageait grandement à être conformes aux lois. L’objectif a été réalisé avec plusieurs centaines de vérifications! Les moments intenses de l’été sont bien sûr les nombreuses formations au large des côtes durant de violentes tempêtes, le sauvetage de plaisanciers dont leur embarcation prenait l’eau, le sauvetage d’un homme ivre tombé de son bateau en pleine nuit, et le remorquage durant la nuit d’un navire en panne dans une tempête.

2008

J’accède automatiquement au poste de patron d’embarcation, et ce, toujours sur le territoire que j’espérais : le lac St-François. En tant que patron officiel, j’avais alors de grandes responsabilités entre les mains. Pour n’en nommer que quelques-unes : la vie de mes coéquipiers et des personnes à sauver, la formation de l’équipe, la réussite des missions de sauvetage, l’entretien des relations interpersonnelles dans l’équipe, et le bon fonctionnement de l’équipement (bateau, moteurs, trousses de premiers soins, etc.). Tous ces éléments ont fait que cet été-là fut de loin le meilleur. Accordant beaucoup d’importance aux bonnes relations dans l’équipe, j’ai dosé chaque moment afin d’éviter toute mésentente qui parfois se termine difficilement à la fin d’une saison. Rémi, mon coéquipier de l’année précédente, et mon grand ami, a été mis dans mon équipe avec Karine qui en était à son premier été en tant que garde-côte. Voici quelques faits saillants qui ont rendu cette saison superbe en tout point.

L’entente instaurée l’année précédente avec les marinas tient toujours. Un rabais attendait donc chaque plaisancier ayant réussi leur vérification de courtoisie, ce qui nous facilite grandement la tâche sur l’aspect prévention. Du côté des formations, le début de la saison a été très enrichissant avec Sébastien qui, ayant deux ans d’expériences, a remplacé Karine durant quelques semaines. L’équipe était alors totalement formée de membres d’équipage d’expériences. Nous étions donc en mesure d’effectuer de nombreuses formations de niveau avancé qui repoussaient sans cesse les limites de notre zone de confort. Ces formations nous ont permis d’être confortable lors de conditions extrêmes, mais surtout de mieux comprendre l’état physique et mental des personnes que nous sauvions. Une fois Karine arrivée, j’ai rééquilibré le tout en fonction de son expérience, car une toute nouvelle équipe venait de naître. Les actions de chacun qui étaient alors acquises lors des missions de sauvetage allaient totalement changer. Pour Karine, les tâches d’un garde-côte n’avaient rien de routinier, et je devais les lui apprendre. Décidée et persévérante, elle apprend très rapidement, car rien ne l’arrête. L’équipe est alors rapidement opérationnelle en tout point. Durant cet été, deux moments très précis se sont gravés en moi pour toujours, car c’est à deux reprises que j’ai senti que la vie de mes coéquipiers, ainsi que la mienne, étaient en danger. En voici les histoires.

Fait saillant #1 : Les fantômes du Lac St-François

À la suite d’un souper, nous partons de Lancaster en direction de Valleyfield pour rentrer à la base. Alors dans le chenal des navires commerciaux, la noirceur s’installe, et une petite brume couvre le lac ce qui rend la visibilité moyenne sur l’eau, mais toujours acceptable. Une fois ce chenal quitté, nous empruntons celui qui nous mène à la marina de Valleyfield. C’est alors qu’à moins d’un mile nautique (1,852 km) de la base, nous entrons dans un épais nuage de brouillard. Le chenal emprunté est étroit, entouré de hauts fonds, et passe tout près d’une île. Voyant un danger potentiel, l’embarcation est immobilisée pour que je prenne les commandes de celle-ci. Rémi est posté à l’avant du navire pour faire la vigie, et Karine a les yeux rivés sur le GPS. Ne voyant même pas Rémi à l’avant de l’embarcation, je tente de naviguer à l’aide du GPS. Je fais donc route dans une direction quelconque pour que l’instrument reconnaisse notre trajectoire. Ayant à ce moment la ferme pensée de me diriger vers le bon chemin, mes perceptions sensorielles font quelques vrilles dans ma tête lorsque le GPS indique que nous allons directement sur l’île. J’immobilise à nouveau l’embarcation. Le lac est parfaitement calme, comme un miroir infini. Nous ne pouvions même pas faire la différence entre l’eau et l’air à cause du reflet, nos repères sensoriels n’existaient plus. Malgré mes deux ans d’expériences aux commandes, j’ai perdu l’équilibre et un mal de cœur m’a pris durant quelques secondes. J’avais alors l’impression que le bateau flottait dans un nuage, et qu’il pouvait chavirer à tout moment! La situation venait alors de gravir un échelon sur le plan du danger. J’ai donc pris les mesures nécessaires pour améliorer la sécurité de l’équipe. Nous activons alors le radar pour obtenir la position réelle des objets qui nous entourent (bouées et île). De plus, nous signalons notre présence ainsi que notre position estimée sur la radio VHF, et nous allumons nos signaux sonores de brume. Une fois les instruments ajustés, nous tentons un deuxième essai afin de rentrer à la base. J’embraye les moteurs, selon les instruments, l’embarcation fait maintenant route vers la bonne direction. Je suis alors aux commandes du GC-1201 avec les yeux bandés par le brouillard, mais avec une totale confiance envers Karine qui est aux instruments, et Rémi qui m’est alors invisible à l’avant de l’embarcation. Karine annonce que nous approchons une bouée. Un long instant de silence entrecoupé par les signaux de brume me laisse un peu inconfortable. Rémi aperçoit alors une silhouette longeant le côté du bateau à moins d’un mètre, et me l’annonce à vive voix : «&#160bouée sur tribord à environ un mètre!&#160». Je vois ensuite cette masse apparaître, et disparaître derrière nous, comme si l’embarcation était immobile et qu’un fantôme passait tout près. Outre les instruments qui le confirmaient, nous n’avions pas la sensation que le bateau avançait. Malgré ce malaise, nous sommes soulagés d’avoir des instruments précis. Toujours à l’extérieur de notre zone de confort, nous réussissons à sortir de ce banc de brouillard, et à entrer à bon port sans accrochage, et ce, grâce au bon travail de toute l’équipe.

La situation s’est déroulée sans anomalies, car l’évaluation et la planification de celle-ci se sont bien déroulées, les procédures à suivre dans le brouillard ont été appliquées, et la communication au sein de l’équipe était excellente.

Fait saillant #2 : Dilemme de vie

Assis bien tranquille à la suite d’un bon souper à la base, la météo se déchaine à l’extérieur. Les avertissements de lignes de grains se bousculent à la radio VHF, et la pluie frappe violemment les murs de la bâtisse. Normalement, c’est à ce moment que nous sortons sur l’eau pour en apprendre davantage, mais cette fois-ci, les éclairs nous retiennent en place. Finalement, ce que nous attendions arriva. L’énergie de l’équipe bondit d’un coup lorsque la sonnerie du cellulaire de mission de recherche et sauvetage se fit entendre. Je décroche, et l’on m’annonce qu’une embarcation est en difficulté dans une ligne de grains en face de Rivière-Beaudette. Calepin en main, Karine note ce que je confirme à mon interlocuteur situer à Québec au «&#160Marine Rescue Sub Center&#160» (MRSC), et Rémi prépare l’équipement dont nous aurons besoin. Mon supérieur me mentionne alors que la décision de sortir ou non me revient. Je consulte alors l’équipe, Karine et Rémi sont partants! Nous enfilons nos habits de protection individuel, et quittons la base pour nous rendre à l’embarcation. Je saute aux commandes et j’annonce aux opérateurs radio de Montréal que nous partons sur le cas pendant que Karine et Rémi détachent les amarres. Une fois avoir passé les hauts fond du chenal de la marina, nous quittons celui-ci pour nous diriger directement vers Rivière-Beaudette. Malgré la forte pluie qui tombe, nous voyons au loin qu’une ligne de grain est directement sur notre passage. Filant alors à toute vitesse dans les vagues, je prends la ferme décision de passer dans cette ligne de grain, afin de maximiser notre temps de déplacement, car il suffit parfois de quelques secondes de trop pour manquer un sauvetage. Peu de temps après, ma décision est fortement bousculée par de nombreux éclairs qui tombent directement sur notre trajectoire.

Filant toujours à toute allure, le temps a tout à coup ralenti brusquement lorsque je nous ai imaginés, nous tous frappé par un éclair. Malgré la protection en place sur l’embarcation, le bilan serait probablement négatif, et la mission serait un échec. Une phrase bien simple règne dans le monde du sauvetage : «&#160une vie de perdue est mieux que deux&#160». En autre mot, nous ne devons pas mettre notre vie en danger pour en sauver une autre. Devions-nous contourner cette ligne de grain et arriver quelques minutes plus tard sur les lieux du cas? La décision fut dure à prendre sur le moment, mais pour de multiples raisons, mon expérience et mon jugement m’ont dit que oui. Cette embarcation avait été rapportée en difficulté par un riverain, ce qui s’avère souvent être de fausses alertes. De plus, même si l’embarcation était bel et bien en difficulté, le plaisancier à l’intérieur devait être très apeuré, mais sa vie n’était pas vraiment en danger. Bref, nous avons contourné ce danger imminent pour finalement arriver sur les lieux du cas. Tristement, notre énergie de sauvetage s’est éteinte après avoir constaté que cette fameuse embarcation en difficulté n’était qu’une fausse alerte…

Lieux de travail

Le programme d’embarcation de sauvetage côtier couvre la plupart des cours d’eau du Québec et du Canada. En ce qui concerne la région du St-Laurent, les étudiants ayant obtenu le poste de garde-côte on la possibilité d’être en fonction à l’une des six bases suivantes : Valleyfield (GC-1201), Oka (GC-1202), Beaconsfield (GC-1203), Longueuil (GC-1204), Sorel (GC-1205), et Trois-Rivières (GC-1209).

Les territoires à couvrir par chacune des équipes varient en fait de superficie et d’achalandage. Par exemple, la région de Montréal est plus petite à couvrir, mais elle regorge de plaisanciers. À l’inverse, les régions de Valleyfield et Trois-Rivières sont beaucoup plus grandes, mais elles possèdent une moindre quantité de plaisanciers. Les différents lacs patrouillés par la Garde côtière possèdent tous des caractéristiques distinctes qui font la beauté de chacun d’entre eux.

Avantages

Que le ciel soit bleu, ou qu’il tombe de la grêle, patrouille, entraînement, et mission de sauvetages sont au rendez-vous! Les seules personnes qui peuvent s’opposer à sortir sur le lac sont les membres de l’équipe (le patron a le dernier mot bien sûr).

Outre les sorties en bateau, l’équipe de recherche et sauvetage doit assurer la prévention au sein des plaisanciers (navigateurs). L’organisation d’ateliers de prévention, et les vérifications de courtoisie à bord des embarcations sont de mises durant tout l’été. On y rencontre des gens de toutes sortes : des navigateurs passionnés qui sont parfois débutants en la matière, des gens qui naviguent depuis très longtemps, ou tout bonnement des plaisanciers voulant profiter des sports nautiques, et du soleil.

Inconvénients

Il est difficile de trouver des inconvénients dans cet emploi, mais voilà quelques choses que j’ai moins apprécié. L’emploi au sein du gouvernement est synonyme de paperasse. Que ce soit pour le bateau, la base, l’équipement, ou les missions, divers rapports sont à compléter chaque semaine. De plus, toutes nos activités sont écrites dans un journal de bord très important. Ce journal officiel a pour mandat de sauveGarder nos diverses activités réalisées chaque jour. Cependant, ces divers rapports deviennent rapidement choses courantes après quelques semaines de travail, et je dirais même que certaines personnes apprécient les faires!

Critères d’admissibilité

Les étudiants désirant postuler pour le Service ESC doivent s’assurer qu’ils rencontrent les exigences du Programme fédéral d’expérience de travail étudiant (PFETÉ) et être en mesure de démontrer qu’ils possèdent tous les critères requis.

Les critères d’admissibilité au Service ESC pour la région du Québec sont :

  1. Statut d’étudiant à temps plein dans un établissement scolaire postsecondaire;
  2. Certificat valide de secourisme général;
  3. Certificat valide de réanimation cardio-respiratoire (8 heures);
  4. Carte de conducteur d’embarcation de plaisance;
  5. Certificat restreint d’opérateur radio VHF maritime avec la fonction d’Appel Sélectif Numérique (ASN);
  6. Certificat de navigation maritime incluant le travail au moyen de cartes, le calcul des dérives et le matelotage.

Une très bonne connaissance du français est essentielle.

Formation et conditions de travail

Chaque région comporte deux équipes de trois garde-côtes. Elles se relayent à tous les semaines à raison de 80 heures par semaines. Une équipe de recherche et sauvetage est composée d’un patron, et de deux membres d’équipages. Ces équipes sont finement choisies à la suite d’une formation d’une durée d’environ 16 jours. Cette formation intensive se déroule à Québec et fournit des apprentissages spécialisés sur les techniques de recherche et sauvetage ainsi que sur le matériel d’intervention. Pour plus d’infos, consulter le :
http://www.marinfo.gc.ca/fr/Emplois/Promotion_esc.asp


 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Enjoy!
Sam

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